William Kassenef
et la Revanche de Robert Black-Eyes
La suite des aventures de William Kassenef
Ce deuxième épisode des aventures de William Kassenef se déroule une quinzaine de jours juste après la fin des vacances, donc du premier tome... Ainsi, pas de répit pour les parents, ni pour ce pauvre William et sa petite soeur Lisabeth.

Extrait (provisoire) du premier chapitre.
Il se peut que dans la version publiée, il y ait quelques modifications.
1
Trois gros galions lourdement chargés, commandés par le redoutable Mendosa, accompagnés de deux brigantins armés jusqu’en haut des mâts, s’engageaient dans l’étroit passage de Corridor. Personne, à bord de ces nefs ne pouvait soupçonner qu’un ennemi impitoyable les guettait…
Surveillant la passe, le pirate attendait… Ses proies n’avaient plus que quelques minutes de répit avant de subir un impitoyable châtiment… On ne s’engage pas à si bon compte dans Corridor.
Les cinq vaisseaux hispaniques, toutes voiles dehors, se hâtaient, effectivement, de gagner au plus vite la passe des Scaliers pour trouver un abri sûr…
Lui, le sanguinaire pirate, scrutait avec délectation la scène et s’apprêtait à lancer son ordre de bataille…
Ah, tu es encore là, espèce de vaurien…
Une voix tonitruante, infernale, rugueuse, arracha le vaillant capitaine de la flibuste à sa fine stratégie…
Tournait sa tête, de droite à gauche, en arrière, en avant… Qui l’invectivait ainsi aussi aimablement ?…
Cette aimable voix poursuivait, sur le même registre :
Je suppose que tu ne sais pas où est passé ton grand-père ?
Le capitaine de la flibuste, euh… William Kassenef, petit rouquin d’à peine quatorze ans, releva ses lunettes rondes fraîchement réparées et, stupéfait, vit sa merveilleuse tante, Ma Tha, — que toute la famille adorait… — avancer au plafond, la tête en bas… Oui, vous avez bien lu : Ma Tha marchait, ses deux pieds posés (?) au plafond du couloir, le plus naturellement du monde, un peu renversée, évidemment… Rouge de colère, la tante bougonne reprit, de sa délicatesse légendaire :
— Alors, vas-tu sortir de ta rêverie et me dire où se trouve Joachim… J’ai deux mots à lui dire !
William abandonna-là ses nefs espagnoles et sa flibuste de pacotille pour dévaler l’escalier quatre à quatre ; il déboula au rez-de-chaussée où se trouvait la cambuse familiale où Colette, sa mère, préparait un gâteau lorsqu’elle entendit son fils crier :
— Maman ! Ma Tha marche au plafond !
— Parfait… Bien, puisque tu es là, tu vas pouvoir m’aider à mettre le couvert.
— Mais je te dis que Ma Tha marche au plafond, elle a les deux pieds en l’air et la tête en bas, elle est en haut, à son étage et…
— Ma Tha fait ce qu’elle veut à son âge et son étage ! répliqua Colette, plus préoccupée de ne pas se brûler avec le moule extirpé du four, que des fanfaronneries de la vieille tante ou des élucubrations de son fils…
William, surpris par la réaction de sa mère, ou plutôt du manque de réaction, ajouta :
— Sais-tu où est Joachim ?
— Non ! Et c’est tant mieux, car depuis deux jours qu’il s’est absenté de cette maison, la vie est redevenue presque normale… Les fourchettes sont dans ce tiroir, combien de fois devrais-je te le répéter ?
William fit la moue. Obéissant à sa mère, il ouvrit le bon tiroir et prit le panier à couverts. Et il s’appliqua à dresser la table, à peu près convenablement.
Ce troisième trimestre s’annonçait « chaud », par la suite des événements des toutes dernières vacances, cela remontait à peine à quinze jours…
La famille Kassenef avait convenu d’un consensus à ce propos et, depuis, il ne fut jamais évoqué quoique ce soit qui eut trait à la flibuste, aux vaisseaux, aux Antilles, aux Caraïbes, aux abordages, à l’Angleterre (sauf pour les cours d’anglais, of course), aux histoires de temps passés dans le désordre… Pas la moindre allusion.
Joachim, le grand-père, un peu responsable de cette affaire, se tenait à l’écart de la tablée familiale, sans doute par crainte de trahir le consensus. William supportait tant bien que mal cette atmosphère lourde d’hypocrisie, surtout depuis que son musée naval caméral s’était retrouvé relégué dans les réserves, à fond de cave, jusqu’à la remontée significative de ses moyennes scolaires. Ce en quoi William tâchait de s’appliquer au collège.
Lisabeth, sa petite sœur, qui l’avait, malgré elle, accompagnée dans cette lointaine expédition à fond de grenier, prenait la défense de son cher William à chaque fois que la menace parentale sourdait…
— Voilà, fit William, après avoir posé le pichet d’eau au centre de la table, sans même avoir renversé une seule goutte.
— Merci, c’est très bien, complimenta sa mère, tout en alignant délicatement des fruits confits sur le gâteau.
— Et pour Ma Tha ?
— Quoi, Ma Tha ? lâcha soudainement Colette, furieuse d’être dérangée dans la confection de son chef-d’œuvre…
— On ne peut pas la laisser au plafond !
— Oh que si, répliqua-t-elle. Enfin tranquilles ! Joachim absent, Ma Tha perchée là-haut !… C’est le bonheur assuré ! … Ton père ne va pas tarder, va prévenir ta sœur que c'est l’heure du repas.
Génial, le week-end, rumina William, en ce samedi midi, tandis qu’il grimpait l’escalier, deux à deux. Parvenu au premier étage de l’immense demeure Kassenef, l’enfant se dirigea vers les chambres. Soudain, il se ravisa et fit demi-tour. S’engageant silencieusement vers l’autre partie de l’escalier, il atteignit l’étage suivant, emprunta le couloir à pas de velours et épia le moindre bruit, le moindre souffle…
Au milieu du fameux corridor, les voiliers-jouets de l’escadre de Mendosa étaient à l’ancre en attente de manœuvre… Au ciel, — ou plutôt au plafond —, personne ne déambulait… À ce silence bienfaisant, succéda un bruit sourd accompagné d’un juron inexprimable. Et William distingua nettement un « Ce f… de Joachim, si je le tiens… t’va falloir m’le payer cher, pirate ! »
Ce n’était que la gracieuse Ma Tha qui exprimait ainsi toute sa tendre reconnaissance envers le grand-père…
William localisa la voix venue d’un coude de couloir, à un endroit où le plafond était plus haut — ou plus bas, tout dépendait du point de vue adopté, bien sûr — et, au terme de ce passage, une très ancienne porte menait à un grenier… Le fameux grenier…
Courageusement, l’enfant avança la tête pour voir celle de la tante. Celle-ci, perchée, de dos, ne pouvait apercevoir le rouquin qui l’observait en se retenant de s’esclaffer…
Un panneau dans la paroi glissa doucement. William reconnut le son familier et ne fut pas surpris de voir la tête barbue et hirsute de Joachim en dépasser.
... A suivre ...
© by Patrick Durand-Peyroles - 2010.